Entretien

26/04/2016

Vanessa Koum Dissake, doctorante à l'Université Paris 8, prix du public de la finale UPL de Ma Thèse en 180 secondes.

Son sujet de thèse : Le Mémoricide

Qui es-tu ?

J’ai commencé mes études universitaires au Sénégal à Dakar. J’ai obtenu une maîtrise en droit des affaires option import-export. Je suis arrivée en France en 2009, pour un master 2 professionnel, en droit des affaires internes et internationales à l’université du Havre. L’année suivante, j’ai fait un deuxième master 2, recherche, en théorie générale du droit. Je suis ensuite entrée en doctorat dans la même université (Le Havre). Actuellement, je suis inscrite à l’université de Paris 8. J’ai suivi ma directrice de thèse, Catherine Puigelier, qui était successivement professeure au Havre, à Paris 8 et actuellement à Panthéon Assas.

Je suis en 5e année de thèse, en « droit privé et sciences criminelles ». Ma thèse est rédigée, je vais la soutenir avant la fin de l’année universitaire. En dehors de ma thèse, je fais beaucoup de sport, je suis dans une chorale de Gospel et je fais même un peu de théâtre.

Je donne également des cours à des étudiants en alternance et en initiale à l’Université du Havre et au CFA supérieur de Lillebonne.

Le titre de ta thèse est « le mémoricide ». Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Le mémoricide est la destruction de l’expression de la mémoire dans l’objectif de reconfigurer l’identité d’une communauté.

Il n’est défini dans aucune disposition juridique. Le terme a uniquement été utilisé dans une affaire auprès du tribunal pénal de l’ex-Yougoslavie. Plusieurs définitions ont été données pour éclairer cette notion. Certaines sont d’ordre politique, d’autres matérielles. L’explication de la notion était  déterminante pour moi. Par ailleurs, il existe très peu de cas dans lesquels la mémoire est totalement éradiquée puisque dès lors qu’un seul homme survit à une guerre, il est capable, à lui seul, de transmettre son héritage, sa mémoire. 

Ma thèse s’articule en deux parties, la première est consacrée à la notion de mémoricide, la seconde au régime juridique. L’enjeu principal de ma thèse est de savoir s’il faut condamner l’intention d’effacer la mémoire, ou l’action de son éradication.

Comment l’idée de ce sujet de thèse t’est-il venu ?

J’ai lu un article de ma directrice de thèse qui avait écrit en 2008 sur le mémoricide. Elle l’abordait d’un point de vue politique (la question des lois mémorielles) et matériel (la destruction des bibliothèques et des livres). Elle m’a d’abord proposé de travailler sur ce sujet dans le cadre de mon mémoire de master. J’ai alors travaillé sur le sujet « Mémoricide et Identité ». 

J’ai trouvé que le sujet était très vaste et très intéressant. Cela m’a donc fait un peu peur, car étant juriste, j’ai dû me plonger dans des disciplines très différentes de la mienne. Mais je me suis lancé dans la thèse en me concentrant sur le mémoricide.

J’ai voulu abandonner une bonne cinquantaine de fois car je voyais bien que ma thèse ne coïncidait pas avec mon champ d’expertise. Ce travail a chaque jour été un défi pour moi, mais j’ai aimé ce sujet, je l’ai mené à son terme.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de participer à Ma Thèse en 180 secondes ?

Ça faisait 5 ans que je recevais la proposition, je n’ai jamais vraiment pris la peine de regarder de quoi il s’agissait, mais le concours a finalement piqué ma curiosité et je me suis dit, pourquoi pas !

Je me suis dit que c’était important de présenter mes recherches, de rendre mon travail accessible à un groupe de personnes qui ne sont pas nécessairement des juristes. C’est pour cela que je suis d’autant plus contente d’avoir reçu le prix du public.

Comment s’est passée la préparation ?

C’était un peu stressant au début, j’avais peur de dépasser les 180 secondes. 

Il fallait aller à l’essentiel et réduire cinq années de travail en une page. C’est dur !

Les formateurs nous ont d’abord demandé de présenter notre thèse à notre voisin: c’était très clair pour moi, mais je me suis aperçu que tout le monde ne comprenait nécessairement ce que je disais. Je me suis donc efforcée à employer des termes simples et communs 

C’est un travail utile pour apprendre à condenser. Je soutiens ma thèse dans quelques mois, donc ce travail m’aidera pour la soutenance. 

Que penses-tu de l’exercice de Ma Thèse en 180 secondes ?

Je le recommanderais vivement. On est comme dans une bulle quand on fait son doctorat. C’est important de sortir de sa bulle, de s’ouvrir aux autres. Travailler en bibliothèque pendant 5 ans, c’est dur, mais on ne s’expose pas aux autres. En ce sens, le concours permet de sortir de notre zone de confort.

C’est aussi prendre le risque d’être jugé, d’accepter les critiques, bonnes ou mauvaises. Mon objectif était d’« aller vers les gens » en leur démontrant que les problématiques sur lesquelles je travaille ont un intérêt.

Penses-tu qu’il peut t’aider dans ta carrière professionnelle ?

J’ai écrit ma thèse sur la culture. En faisant ce concours, je me suis rendu compte que je pouvais travailler dans des domaines professionnels très divers.

A la fin du concours, au moment du cocktail, des personnes sont venues me voir pour me demander si j’étais intéressée pour travailler sur des sujets auxquels je n’avais jamais pensé, (dans des associations notamment) ce qui m’a surpris car je me suis toujours vu travailler en cabinet d’avocat. Cela ouvre des perspectives…

Quel était ton sentiment en montant sur la scène ?

Peur. Les 15 premières secondes, j’ai eu peur. Mais le reste du temps, j’ai pris du plaisir car j’ai eu le sentiment d’avoir en face de moi un public attentif, pas public qui juge, mais un public intéressé. Alors je me suis senti à l’aise. 

J’ai ressenti un grand soulagement en descendant de la scène : de ne pas avoir dépassé le temps, de ne pas avoir bégayé, de ne pas m’être trompée et surtout d’avoir réussi à présenter en des termes clairs un sujet qui m’a passionné pendant cinq ans.

 

La diapositive de Vanessa Koum-Dissake. Son sujet de thèse : Le Mémoricide.

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