NCEP
GED Contact

L’Université Paris Lumières engagée auprès des artistes et archéologues en exil

 

Rada Akbar

Rada Akbar a passé ses dernières nuits avant la chute de Kaboul, dimanche 15 août 2021, à imaginer les options qui lui restaient si la ville tombait aux mains des talibans. Rada est une figure célèbre de la scène artistique afghane, connue autant pour ses œuvres osées autour des femmes que pour ses positions contre les extrémistes islamistes. Elle ne pouvait pas s’imaginer vivre sous le joug des talibans.

https://www.lemonde.fr/festival/article/2021/09/22/la-fuite-de-la-photographe-rada-akbar-face-aux-talibans_6095647_4415198.html
Depuis 2018, cette fille d’un éditorialiste de gauche mène un travail autour des femmes afghanes importantes dans l’histoire de son pays. « Si méconnues mais si grandioses », souligne celle qui a la manie de bien choisir ses mots. Dans ce cadre, chaque année, à l’occasion de la Journée des droits des femmes, le 8 mars, l’artiste a organisé des expositions, surnommées « Superwomen », pour présenter certaines de ces Afghanes : chanteuse, policière, cinématographe, poétesse… Parmi elles, la reine Goharshad qui a promu les arts pendant son règne au XVe siècle, faisant de cette époque une renaissance culturelle.

Sa démarche se construit aussi en réaction à l’influence culturelle occidentale dans son pays. « Pourquoi, pour être considérés comme civilisés, nous devons nous habiller comme les Américains et parler comme eux ? Nous les Afghans ne devons pas avoir honte, par exemple, de nos habits traditionnels, qui ont une vraie histoire. En tant qu’artiste et militante des droits des femmes, c’est ma responsabilité de faire connaître à mes compatriotes les Afghanes comme Goharshad et ce qu’elles ont accompli dans leur vie. »

Pour sa dernière exposition à Kaboul (20??), Rada a réalisé une série de portraits. Ces portraits sont dédiés aux femmes qui ont perdu la vie en luttant pour la liberté des femmes, des enfants, de l’art et de la nature.

Peinture « Bakht Zamina », inspirée du destin d’une artiste chanteuse. En grandissant dans la province de Ghor, Bakht Zamina a toujours aimé chanter. Lorsque sa famille a déménagé à Kaboul, à l’époque de la libération des femmes dans les zones urbaines d’Afghanistan, Bakht Zamina a eu l’occasion de réaliser son rêve de chanter sur une scène. Elle a connu la célébrité à l’âge de 20 ans à peine et est devenue l’une des rares femmes à chanter et à se montrer sur la Radio Télévision Nationale d’Afghanistan (aujourd’hui, RTA). Bakht Zamina était adorée et se produisait souvent lors de concerts et d’événements politiques à Kaboul.

Ses fans ont été choqués lorsqu’un matin de 1981, ils ont appris le meurtre mystérieux de Bakht Zamina. La veille du meurtre, Bakht Zamina avait interprété des chansons pro-gouvernementales lors d’un événement organisé par le ministère de l’Intérieur. Sa famille et nombre de ses fans ont affirmé qu’elle avait été empoisonnée en raison du contenu politique de ses chansons et de son soutien au gouvernement communiste afghan de l’époque, mais peu de choses ont été confirmées sur la façon dont Bakht Zamina a perdu la vie et les raisons de son décès. Désormais inscrite dans la mémoire culturelle afghane, Bakht Zamina a laissé derrière elle deux filles et des dizaines de chansons émouvantes sur l’amour et le patriotisme.